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Sur l'autre c�t� de la place il y avait un vieux caroubier dont les fruits allong�s et secs jonchaient le sol, personne ne les ramassait, personne n'en mangeait, pourquoi je ne sais plus. De ce c�t�-ci d�bouchaient les soirs d'�t� ceux "qui faisaient le boulevard" ce qui consistait, jeunes gens d'un c�t� sur une moiti� de la rue menant � la sous-pr�fecture et sa petite place ombrag�e, jeunes filles de l'autre c�t�, de pr�f�rence au bras de leur m�re ou d'une copine, pour v�rifier que les gar�ons d'en face en les croisant "ne leurs manquaient pas de respect" Au centre de la place tr�nait le kiosque avec son architecture qui dans ma m�moire s'anime le 13 mai 1958, je revois la petite foule assembl�e autour du kiosque �coutant le discours enflamm� d'un orateur parlant d'un gouvernement de salut public, je n'y comprenais rien, mais que d'illusions quand m�me. Place Gambetta � propos de laquelle me reviennent deux souvenirs douloureux dont m'a parl� mon p�re: celui du lieu de rassemblement des partisans de P�tain chantant " mar�chal nous voila", celui de mon p�re me montrant du doigt les bancs publics peints en vert de la place en me disant "tu vois ces bancs, nous juifs en 40, il nous �tait interdit de s'y asseoir, je pardonne, mais n'oublie pas . De l'autre cot� de la place Gambetta , il y avait ce charmant petit jardin aux orangers, juste derri�re la mairie, et ensuite une rue longue qui menait au commissariat, post� juste devant les remparts, fronti�re visible et invisible entre deux mondes, celui des gens de la place Gambetta et celui de Bab Ali o� tr�s t�t on m'a interdit de m'y aventurer, monde tellement diff�rent par l'architecture mauresque et que je pouvais apercevoir au soleil couchant la propri�t� Bancharelle. Daniel DAHAN
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